lundi 26 mai 2014

De l’intérêt de aménagement

Un des principes « piliers » des pédagogies alternatives que l'on peut appliquer facilement et dès le plus jeune âge c'est l'aménagement de l'espace pour l'enfant. C'est pourtant quelque chose que je trouve au final assez peu dans la plupart des maisons, ou du moins pas exploité pleinement.

Parce que j'entends par aménagement, ne pas se contenter de remonter ce que bébé ne doit pas toucher (il est d'ailleurs plus souvent question de lui rendre des choses accessibles) et ne pas se limiter à sa chambre.

C'était ce que j'imaginais avant : un beau salon exempt de tout jouets moches et encombrants, cachés ou relégués dans la chambre. La chambre qui est LA pièce de l'enfant.........

Encore tout faux !




L'enfant maître en sa demeure



C'est en effet un des fondements « philosophiques » de ce principe dont parle Maria Montessori (mais pas seulement elle). Lorsque nous invitons des personnes chez nous nous faisons tout pour qu'elle se sentent à l'aise, mais notre propre enfant n'a pas la possibilité d'être maître en son propre foyer. Il est comme locataire, forcé de s'adapter et d'attendre d'être en taille, en force et en capacité l'égal des adultes, parfois même dans sa propre chambre qui est aménagée pour plaire... aux parents.

Je suis toujours attristée de voir ces maisons où aucun espace n'est attribué aux enfants dans la pièce à vivre. A mes yeux, cette pièce dit : « Tu n'as pas ta place ici ». C'est pourtant la pièce où la famille passe le plus de temps. Bien sûr, l'enfant est souvent autorisé à ramener des affaires momentanément dans cette pièce et il y a bien quelques jouets rangés dans un meuble fermé, mais le message reste le même : « ça n'est pas leur place légitime », et ça complique grandement les choses : les affaires pas rangées, qui traînent, qui exaspèrent. Évidemment : imaginez vous devoir amener tous vos ustensiles de cuisine de votre chambre vers la cuisine et vice-versa à chaque repas !

Et quelle tristesse quand un jeu pourtant convoité par l'enfant reste indéfiniment dans un placard parce que c'est usant de le sortir à chaque fois.

Il n'est pas nécessaire d'en faire des tonnes : une petite étagère avec quelques jouets et un petit tapis confortable, agrémenté ou non d'un cousin, d'une chaise ou d'un petit fauteuil, suffiront largement.

Et cet espace peut-être pensé de manière esthétique pour ne pas détonner avec le reste du lieu : c'est même mieux car en plus de l'aménagement vous instaurez une ambiance propice pour votre enfant qui sera toujours plus porté, tout comme vous par un lieu beau, ordonné et cosy.





Moins de conflits



Penser un lieu pour l'adapter à l'enfant évite grandement les conflits.

Quand quelqu'un annonce « Ça y est, elle/il commence à marcher. », la réaction devrait être quelque chose du genre : « Super ! Quelle étape importante ! Quelle aventure qui s'annonce ! », ça arrive parfois mais le plus souvent on entend plutôt « Houlaaaa ! Il va falloir le surveiller en permanence ! C'est le début des emmerdes ! ». C'est triste n'est-ce pas ?

Pourtant, aménager son espace simplifie grandement les choses (et c'est du vécu). La plupart des parents remontent les objets dangereux ou fragiles mais ils le font sous la contrainte : il en résulte un aménagement de type temporaire (alors qu'il est voué à durer plusieurs mois au moins), pas très beau ni très pratique. Exaspérant. Ou alors ils cachent ou fourrent dans des placards ou des coffres. Ou alors ils ne font carrément rien et commence alors la période du NON. Pas celui des enfants, celui des parents.

"Non, non, non, non, touche pas, non, non, non, je t'ai dit de ne pas toucher, non, non, non, ne TOUCHE PAS, NON, NON, NOOOOOON...." et s'ensuivent les cris, punitions, fessées et autres, les parents à bout, le gosse qui pleure à tout bout de champ, etc.

Alors que si, comme expliqué plus haut, on considère qu'il est normal, de modifier son espace de vie quand arrive l'enfant- comme on l'a déjà modifié quand on s'est mis en ménage, avec parfois force concessions- c'est tout naturellement que l'on repense l'espace de façon verticale (haut : parent – bas : enfant) et que l'on développe un lieu où chacun trouve sa place et qui lui convient, qui soit pratique et agréable pour tout le monde. Non seulement les objets interdits sont inaccessibles et si possible cachés des yeux de l'enfant, mais le fait de laisser d'autres choses à sa portée - qui soient en accord avec ses intérêts du moment - le/la distrait de l'envie de prendre ce qu'il ne peut pas (à l'exception de la période, naturelle et inévitable, où inaccessibilité même d'un objet lui donnera envie de l'atteindre pour tester ses capacités).

Pour ma part, le réaménagement de la maison me prend du temps et de la réflexion et nous n'avons pas hésité à ré-investir dans un meuble plus adapté pour le matériel hifi (console – TV – câblage – etc – acheté à bas prix d'occasion). Et j'ai nettement vu l'évolution, l'apaisement qui a gagné notre quotidien en la matière.

C'est simple, les seules sources de conflits qui subsistent sont celles des quelques éléments pour lesquels nous n'avons pas encore trouvés de solution d'aménagement.



Favoriser l'autonomie



C'est aussi un des principes pilier de la pédagogie Montessori. Ça devrait d'ailleurs plaire à beaucoup de parents puisqu'on entend toujours dire qu'il faut que l'enfant soit indépendant et que les parents ne soient pas esclaves de leurs enfants.


Il n'est pas question de larguer l'enfant face à lui-même mais bien de l'accompagner, et lui proposer un environnement qui lui permette de répondre à ses besoins en fait partie.

Les bébés, les enfants sont capables de bien plus de choses qu'on ne le pensent. C'est en tous cas mon constat personnel. Les aider à leur faire découvrir à eux-mêmes tout ce potentiel qui grandit en eux est le meilleur moyen de les rendre indépendants : dans la confiance. Confiance en vous car vous n'entravez rien, confiance en eux, car ils ne sont pas entravés.

Certains enfants de 3 ans sont tout à fait à même de mettre la table, se servir eux-mêmes leurs plats, voire d'aider à les cuisiner et faire leur vaisselle si tout est mis à leur portée et correspond à leurs moyens (et ce même s'ils tètent encore leur mère et qu'ils dorment encore avec elle). On est d'ailleurs sûrs qu'un enfant de 15 ans n'aura plus besoin de dormir avec sa maman ou de téter, par contre combien d'ados de cet âge ne sont pas foutus de faire les tâches sus-nommées parce qu'on les a toujours fait pour eux ?

Et dans quel cas la mère est-elle la plus libre ?



Favoriser l'épanouissement des compétences



L'aménagement de l'espace participe pleinement au développement de l'enfant. Ce dernier, libre de choisir ses activités et de les refaire à l'envie peut gérer lui-même son développement.

Maria Montessori (oui, encore elle!) a mis à jour ce qu'elle appelle les « périodes sensibles» de l'enfant : l'enfant est à certains moments porté vers un certain type d’activités qui vont canaliser tout son intérêt et sa concentration pendant une période donnée. Pendant cette période il va faire et refaire et re-refaire jusqu'à ce qu'il/elle maîtrise son sujet. C'est lors de cette période sensible que l'enfant est le plus à même d'absorber les connaissances sur ce sujet, tandis que si on lui propose trop tôt ou trop tard, son apprentissage sera moins efficace. Ce qui est totalement logique : on apprend toujours mieux si l'on est motivé.

Les périodes sensibles à proprement dites, recensées par Maria Montessori, sont des périodes très larges qui concernent de grandes thématiques mais on peut constater (ce fut mon cas pour Minimog) que l'enfant a des activités fétiches sur des périodes données. Minimog a eu sa "période sensible" des interrupteurs, celles des fermetures éclair, celle de la pâte à modeler, celle de la litière du chat... ^_^***

Laisser l'enfant libre de ses activités (acceptables du moins : exit la litière du chat) est un bon moyen de déceler d'une part et de répondre d'autre part à sa « sensibilité » du moment.





3 commentaires:

  1. J'adore! Je trouve que tu écris très bien.
    J'ai l'impression de m'entendre parler.
    On a aménagé aussi notre maison à nos enfants et le moins que l'on puisse dire est que ça a déclenché des réactions assez négatives!
    Et oui!
    On a vaqué notre canapé tout pourri pour prendre un matelas de clic-clac qu'on a déposé par terre. On a mis des super jolis tapis, mon mari a fait des étagères à ras du sol pour que les jeux soient tous accessibles aux enfants. Bref, c'est un vrai paradis pour enfant notre maison! Et nous, ça nous plaît à fond!
    Mais certaines personnes ont été choquées par cette organisation.
    Pour elles, les marche-pieds c'est ok, (et tout ce qui permet aux enfants de s'adapter au monde de l'adulte), mais de là, à tout mettre à leur portée, ce n'est pas les aider à s'autonomiser, car dans la VRAIE VIE, il n'y a pas tout cet aménagement...
    Enfin, bref, l'important, c'est d'être convaincu par ce qu'on fait!

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    1. Merci Hélène pour ton commentaire très encourageant !
      Je dois dire que si j'écris volontairement comme une ancienne septique, c'est que je comprends que certains pensent ainsi car c'était aussi mon cas avant. Je pensais aussi de d'aller trop dans le sens de l'enfant n'était pas lui rendre service car le jour où la bulle exploserait, il se retrouverait désarmé face à un monde qui ne lui fera pas de cadeau.
      Hum.... Tout ceci me donne d'ailleurs des idées pour un futur article !

      Ceci dit j'espère que les septiques qui passent par ici (tu peux d'ailleurs en inviter certains si tu le souhaite ;-) trouveront des arguments qui sauront les convaincre de voir les choses différemment.

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  2. Trèèèèèèèèèèès intéressant, et fort bien résumé.
    J'aime tellement l'idée de ne pas laisser les petites enfants dans des milieux artificiels et fermés. Is vivent avec nous, ils font comme nous...c'est tellement mieux pour tout le monde. Je file dévorer tes autres articles :).

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