jeudi 5 février 2015

Sur les mains de maman.

Quand j'étais enceinte, j'ai eu la chance de trouver les personnes qui m'ont permises d'immortaliser cet état lors d'une séance photo qui m'avait été inspirée - entre autres -par cette statue, représentant Gaïa.

Source de l'image

Parce que j'avais réellement le sentiment de porter le monde, et d'être en étroite connexion avec les forces vitales de la terre. La notion de Terre-mère me parlait beaucoup.
(ceci ayant été permis par le fait que j'ai eu une grossesse absolument paradisiaque et je remercie mes hormones de s'être si peu emballées. Je comprends que les mamans qui pleurent tous les jours, vomissent, explosent de vergetures, prennent 40 kilos ou qui restent alitées 6 mois n'aient pas eu un ressenti aussi cosmico-tellurique que le mien).

Donc je suis devenue Gaïa le temps d'un après midi et après une très longue et inoubliable séance de bodypainting dans les bois.


C'était très drôle car au moment de peindre mon ventre, Minimog réagissait au pinceau ! C'était d'ailleurs les seuls moments où elle bougeait vraiment et je la sentais bien suivre parfois le tracé.

Est-ce à cause de cela que pour Minimog, une vraie séance de "dessin", c'est ça :






Quand elle a commencé à dessiner, elle ne jurait que par un stylo noir (exit les jolis blocs de cire super bien pensés qui ont fait un bide) et par ses jambes. Nous la retrouvions régulièrement dans son lit le matin avec son stylo en main et les jambes savamment bariolées.

La peinture, idem.

Et je participe activement en servant de tampon humain.

Quasiment toutes les séances de peinture que nous faisons se créent à 4 mains. J'adore patouiller avec elle, ces séances d'art brut m'enthousiasment et m'inspirent toujours profondément

Oeuvre sans nom sur main de maman par Minimog et Maman'dala
Je trouve les dessins de ma fille beaux. Pas seulement parce que ce sont ceux de ma fille parce que je trouve les dessins des enfants beaux. Beaux, pour leur beauté propre de spontanéité, d'explosion de couleurs et de formes, d'onirisme parfois.
Moi qui ne jurait pendant longtemps que par le figuratif des préraphaélites, de Waterhouse ou de Botticelli ou Cabanel, ou au pire le surréalisme (genre Dali ou Siudmak), j'ai renoué depuis avec Chagall, Kandinski, ou Miro parce que j'y retrouve ce souffle (que les critiques me donnent raison ou non). Pas dans le geste mais dans le rendu.

Et ce week-end, il s'est passé quelque chose de très beau.
Il s'est passé ça :

Ça, c'est le résultat de notre dernière séance de peinture qui a commencé sur une feuille et qui a vite fini sur les mains de maman.
Ce qui s'est passé, c'est que : j'ai vu. J'ai réalisé que ma fille était vraiment entrée dans une démarche de "volonté graphique" sur mes mains. Avant, elle choisissait des couleurs, et décrétait qu'elle allait dessiner un escargot, un poisson, un bonhomme, ok, puis elle "barbouillait".
Mais là, pour peindre ces mains, elle a fait preuve "d'autre chose". Elle a d'abord barbouillé de rouge comme d'habitude, le but étant de coller la main de maman sur la feuille pour y laisser une trace. Mais là, non. Elle a pris ma main... puis l'a lâché. Vous les voyez là, les petits points au bout de mes doigts sur la main gauche (qui est à droite) ? Ils sont volontaires, et exécutés avec une grande concentration. Puis "l'aut' main maman", "il est où le pinceau bleu ?". Puis "Et maintenant.... du vert !", et puis re-rouge, en faisant traverser sciemment et consciencieusement le trait sur les doigts de maman.
Choix des couleurs, des emplacements, des types de traces. Il s'est passé "un truc". On a passé une étape.
Et j'aime particulièrement l'idée que ça se soit passé sur mes mains. Ce sont mes mains qui ont porté et qui témoignent de cette évolution qui m'est chère. 

Des jambes, des mains, de la peinture, le partage, la beauté, un souffle, un pas en avant, mon cœur.

5 commentaires:

  1. Waouh. Je lis sans rien dire les articles de ce blog depuis quelques jours, parce que c'est le côté "partage" justement qui m'attire...et que je le trouve présent ici depuis plus longtemps que l'apparition de la peau neuve qu'il fait en ce moment. Je ne sais pas trop comment dire ça, mais dans la façon dont tu le présentes, dans ce que tu notes de tes observations...il y a un petit quelque chose de très très proche du vécu, un peu moins onirique et un peu plus terre à terre que sur les blogs de témoignages d'autres mamans qui usent de cette fameuse éducation positive qui m'intrigue. Ici...j'ai cette tournure de phrase pour les évènements marquants de la vie : A la fois trop et pas assez.

    Trop parce que trop grands, trop bouleversants, et pas assez parce que tout en discrétion, ils passeraient presque inaperçus si personne n'était là pour les interpréter. Ce blog, il me fait un peu cet effet, et c'est un compliment.

    Ca me ramène à mon waouh. Si l'enfant est une énigme à aider à révéler, ta boud'chou Minimog c'est une sacrée belle énigme, sacrément inattendue et merveilleuse.

    Et puis, je trouvais déjà l'idée du bodyart pour immortaliser la grossesse géniale, alors penser que peut-être, juste peut-être, ta petite a apprécié ce moment et en a gardé une sorte de souvenir/réflexe/attirance...ça me laisse sur les fesses d'émerveillement, encore plus à cause du ressenti tout à fait spécial que tu as eu de cette grossesse. Gaïa, la terre-mère, c'est quand même pas n'importe quoi comme hmm...inspiration; et le fait aussi que tu l'as incarnée. Comme si par ce moment de partage un peu spécial, tu avais transmis quelque chose d'inattendu à ta fille. Un cadeau, un don. Peut-être que oui, peut-être que non, mais l'idée est séduisante.


    En fait, c'est mon ressenti général de cet article. De l'émerveillement. Tu as une grande petite artiste, et je confirme, ses créations sont belles, esthétiques même.

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    1. Alors là.... C'est moi qui reste sans voix devant un commentaire si touchant.
      En plus tes mots reviennent nourrir ma propre vision de ce que j'ai écrit ici, et je trouve tout cela encore plus beau.
      Je réalise à quel point, quelle qu'en soit la source, ma fille et moi nos partageons cette idée que le corps est libre, qu'il peut être support d'une œuvre et être œuvre lui-même. Que le corps et l'art ne font qu'un. Et je mesure la chance que j'ai de pouvoir partager tout cela avec elle quand c'est encore si pur. Avant que la culture et la société ne viennent biaiser son rapport à son corps et peut-être éteindre cette flamme. Ou la raviver. Pour ne pas rentrer dans des toutes petites cases étriquées.

      Quand j'étais enceinte, ma grossesse m'a libéré de toutes mes appréhensions par rapport à mon propre corps et le bodypainting c'était logique. Je voulais immortaliser le moment mais aussi, mon corps dans sa plénitude, sa beauté. Décomplexée, libre. Une ôde à la rondeur, à la chair, à la nature, à la vie. Un manifeste. Quelque part, ma fille célèbre ça à sa façon à chaque fois qu'elle peint sur elle ou sur moi. Elle ne se dit pas les choses ainsi bien sûr. Mais je retrouve un lien dans son geste et celui qui fut le mien quand elle était en moi.

      Je suis allée voir ton blog vite fait. Il est vraiment.... Je dois prendre le temps d'y retourner. D'ailleurs c'est drôle. J'ai un article en tête depuis noël, que je n'ai pas eu le temps d'écrire et je voulais m'y remettre. Et là tu arrive ici...Je crois qu'il te plaira.

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  2. En lisant ce message, j'ai ressenti un incroyable malaise (rien avec à voir avec toi ou ta puce). Un malaise sur mon corps, sur la libération du corps justement. Je l'ai déjà ressenti avant, par exemple au moment du choix de l'allaitement, où je fais un véritable blocage.

    Cela n'a rien à voir avec ce message si beau que tu fais passer car je suis d'accord avec toi. Comme pour l'allaitement, je suis absolument convaincue de son bienfait pour la croissance et la relation avec le bébé. Mais mon corps refuse. enfin pour faire court, j'ai peur.

    C'est clair que cela est lié à mon histoire personnelle où j'ai subi (et j'ose le dire maintenant) de la maltraitance du corps médical dès le plus jeune âge et pendant plusieurs années.

    Je suis désolée d'étaler ma vie, mais ton message m'a fait ressurgir ces émotions enfouies.

    Les photos des mains sont magnifiques !

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    1. Et bien Céline, ça vaut ce que ça vaut mais je me sens "honorée" que tu te sentes assez à l'aise ici pour en parler. Parler c'est déjà beaucoup.

      Le rapport au corps c'est tellement compliqué. Tant de choses peuvent insérer une désharmonie entre notre esprit et notre corps. Nous vivons dedans mais il parfois il échappe à notre contrôle (problèmes de santé), parfois nous le fuyons (mésestime de son physique), parfois il dit le contraire de ce que nous sentons en nous (travestis et trans) y a des facteurs culturels, religieux, sociaux, des blessures aussi qui viennent se mettre en jeu.

      Une amie à moi n'a jamais voulu allaiter non par conviction (est-il possible d'être "contre" l'allaitement ?) mais par répulsion physique. Elle ne supportait pas l'idée d'avoir son enfant au sein. Elle se sentait comme vampirisée. C'était si fort qu'après la naissance de son deuxième enfant, quand son bébé a cherché le sein elle l'a retiré de son contact pour le donner au papa. Je ne sais pas ce qui a pu provoqué une telle répugnance chez elle mais elle est là.
      Il y a d'autres façons d'apporter du contact et de la tendresse à nos enfants.

      Je crois d'ailleurs que le contact avec les enfants peut aider à réapprivoiser son propre corps. Leur contact peut être brutal, voire violent (la période où ils frappent est toujours un moment difficile) mais il est souvent si pur. Le peau à peau avec un bébé peut être une expérience de contact intime avec un être dénué de toutes mauvaises intentions ou pensées. Je crois que ce sont des expériences importantes qui peuvent nous aider à renouer avec notre enveloppe charnelle.

      Leur regard sur notre corps aussi. Je suis persuadée que les enfants ne jugent pas nos corps. Le fait d'être gros, noir, blanc, tatouée, scarifié, maigre, petit, grand ne les gênent pas. Je crois (mais je peux me tromper) que c'est quand ils intègrent nos codes d'adultes qu'ils se mettent à émettre des jugements. Les trois meilleurs amis d'enfance de mon frère étaient, un métisse, un gros et un manchot avec une main en moins. Jamais il n'a dit qu'un tel était noir, l'autre gros, l'autre handicapé. C'était juste ces copains.
      Un jour, il a dit à ma mère "maman, aujourd'hui il est bizarre V.". Ce jour là, son copain (le manchot) avait mis une prothèse pour pouvoir faire du vélo. C'est sa "normalité" de façade qui l'avait rendu "anormal" aux yeux de mon frère. Parce que ce n'était pas lui.

      Quand ma fille peint sur moi, elle s'approprie mon corps mais d'une très belle façon. Dans un rapport de découverte et de respect (pour des raisons de propreté on s'en tient aux mains, elle respecte cette limite). Moi je vois mon corps autrement. L'espace d'un instant ma peau devient toile pour l'imagination de ma fille. Et c'est vraiment un échange qui prend de la force parce que je le vis sur moi. Laisser une trace de doigt sur une feuille c'est autre chose que de laisser une trace de pinceau. C'est vraiment autre chose que si elle peignait sur une feuille. Tu peux peut-être essayer. Avec des gomettes au début. http://petitchou.over-blog.com/2014/11/gomette-et-tout-ce-qui-colle.html, ou de la mousse à raser comme on l'a fait avec ma fille il y a quelques jours. Simplement en se servant d'une activité sensorielle pour entrer en contact et se lâcher un peu.

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    2. Merci de m'avoir répondu d'une si jolie façon ! C'est vrai que mes enfants m'aident à me réconcilier avec mon corps. Les moments de peau à peau après leur naissance (et pendant deux heures) furent les plus merveilleux de leur naissance.
      Une douceur infinie... Encore aujourd'hui je suis très caline avec eux. Mais l'allaitement c'était au-dessus de mes forces, vraiment. De même, dans leurs gestes qui peuvent être violents, je travaille énormément sur moi pour ne pas me sentir personnellement agressée. Car dans ces cas là, c'est la petite fille abimée qui est en moi qui réagit et ce n'est pas bon, pour moi pour eux.
      Je ne veux pas noircir le tableau, je suis une personne heureuse... Il y a juste ce petit mais et ces émotions qui ressortent de temps en temps comme à l'occasion de la lecture de ton message.

      Je vais tenter les expériences que tu proposes, çe ne peut faire que du bien !

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